Raphi Rambles

Google est mort

De tous les géants qui ont pourri le web, Google est peut être celui pour lequel j'avais le plus de respect.

Pas de beaucoup, hein. Plus personne ne prend leur ancienne devise "Don't be evil" au sérieux depuis belle lurette, et leur position n'est pas moins monopolistique et pose tout autant de problèmes que celle de leurs concurrents.

Je leur reconaissais simplement le fait de ne pas s'être contenté d'ériger un énième jardin fermé,1 et d'avoir, au moins à leur débuts, proposé des produits qui au moins tenaient réellement la route, à commencer par leur moteur de recherche.

Moteur pour lequel il semblent avoir moins d'égards, vu qu'ils comptent apparement le remplacer par un chat-bot de plus qui se chargera de répondre aux questions des internautes au lieu de se contenter d'afficher les résultats de leur recherches.

Mon tout premier billet sur l'état de la tech était une râlerie sur l'hostilité des géants vis à vis des hyperliens, que je comparais à une déclaration de guerre contre l'essence même du web.

Avec cette annonce, c'est désormais officiel: l'internet ne les intéresse plus.

Une page de résultats Google, ca restait jusqu'ici fondamentalement une liste de lien externes vers d'autre sites web. Bien sur, leur domination sur le secteur leur donnait un pouvoir de contrôle sur l'accés à l'information dont personne ne devrait pouvoir béneficier, et la qualité des recherche s'est énormement dégradée ces dernières années.2

Mais au moins, ca restait un portail vers l'exterieur, contrairement à un Facebook ou un Instagram qui font tout ce qu'ils peuvent pour que l'utilisateur n'aille surtout pas voir ailleurs que chez eux.

Plus maintenant.

Peu importe la qualité de leur bot. Peu importe aussi qu'on nous impose une nouvelle fois un outil qu'on a jamais choisi.

La finalité de ce changement, c'est bien de s'accaparer l'information qu'ils se contentaient jusqu'ici d'indexer, rompant l'accord tacite entre eux et les hébergeurs / éditeurs de vrai contenu,3 en faisant en sorte que l'utilisateur se contente du résumé pondu par leur IA sans aller consulter les sources.

Si ca fonctionne, alors Google aura recréé le vieux portail d'AOL, en détruisant au passage ce qui les a fait naître. Les dirigeants se voient peut-être comme un phoenix qui s'apprète à rescuciter. Moi, ca m'évoque juste un parasite de plus.

Google devient donc, comme ses concurents, une bête plateforme qui monnaye le travail d'autrui, mais cette fois sans l'excuse que l'auteur a choisi de publier chez eux. En terme de violation du droit d'auteur, c'est encore pire que les IAs de géneration d'images ou de musique. Et les conséquences économiques ne peuvent qu'être désastreuses pour l'ensemble des acteurs publiant sur le web.

Ce qui à moyen terme les forcera peut être à abandonner. S'ils tuent tout ce qui publie, alors qu'est ce qui leur restera pour alimenter leur IA ?

Je n'ai pas vraiment creusé les détails de l'annonce, et encore moins suivi les réactions à celle ci. J'imagine que les libristes voient bien venir la douille, mais je me demande ce que sera la réaction du grand public ou des législateurs. J'espère vaguement que ca leur pétera à la gueule d'une manière ou d'une autre, mais je n'en suis malheureusement pas convaincu.

Si ca tient le coup, en tout cas, c'est une étape de plus vers la transformation du web en une nouvelle télevision, tout aussi idiote mais bien plus dangereuse que l'ancienne. Et certains oseront appeller ca un progrès.

Et si ca se casse la gueule, d'autres réessaieront. En attendant, leurs intentions sont désormais claires: Tuer l'internet et tout ce qui pouvait le rendre intéressant pour en faire un gadget dont ils seront les seuls à profiter, en prenant bien soin d'oublier qu'il ne seraient rien sans ce qu'ils cherchent à détruire.

Plus qu'a espérer qu'on va enfin comprendre qu'il faut se débarasser d'eux, purement et simplement, au lieu de continuer à se demander comment les forcer à rester "gentils".


  1. Pas faute d'avoir essayé.

    Et ca ne les à pas empécher d'aqcuérir des monopoles sur des secteurs clefs (hébergement d'e-mails, navigateur web, os mobile, ...), ce qui est peut être plus élegant, mais aussi encore plus dangereux. 

  2. Un peu à cause des experts en SEO qui jouaient avec l'algo pour booster artificiellement la visibilité de leur sites webs.

    Mais surtout à cause de décisions prises par Google eux même (en gros, biaiser la recherche en fonction des donnée qu'ils possèdent sur nous pour obtenir soi-disant plus pertinents).

    Plus tard, l'explosion des contenus générés par IA a contribué à polluer encore plus les résultats. 

  3. En gros, un site web accepte que Google se fasse du pognon sur leur dos en échange du traffic qu'il gagne en étant reférencé. 

^